Der Verrat

traducciones

3/9/20262 min read

CLARO, ESTAS SON PALABRAS...

Claro, estas son palabras. Pero en lugar de leer,

Quiero que escuches: esta frágil
Voz como las letras que la hierba come.

Presta oído, oye primero a la dichosa abeja que
Liba en nuestros nombres casi borrados.

Vaga entre los dos follajes,

Llevando el sonido de ramas reales

A las que postergan el oro invisible.

Luego conoce un sonido más débil y deja que sea

El interminable susurro de todas nuestras sombras.
Este se eleva de debajo de las piedras
Para hacer un solo calor con la ciega

Luz que aún eres tú, tú que miras.

¡Te será fácil escuchar! El silencio
Es un umbral donde, a través de esta rama

Que imperceptiblemente se quiebra bajo tu mano que busca

Develar un nombre en una piedra,

Nuestros nombres ausentes desbaratan tus alarmas,

Y para ti que te alejas, cavilando,
El aquí se vuelve allá sin dejar de ser.

LA LUZ, CAMBIADA

Ya no nos vemos con la misma luz,

Ya no tenemos los mismos ojos, las mismas manos.
El árbol está más cerca y más viva la voz de las fuentes,

Nuestros pasos son más profundos, entre los muertos.

Dios que no eres, pon tu mano en nuestro hombro,

Dibuja nuestro cuerpo con el peso de tu regreso,

Termina de mezclar nuestras almas con estas estrellas,

Estos bosques, estos gritos de aves, estas sombras y estos días.

Desiste de ti en nosotros como se arranca una fruta,

Abrázanos en ti.

Descúbrenos

El misterioso sentido de lo que solo es simple

Y que ha caído sin fuego en palabras sin amor.

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Ives Bonnefoy (1923-2016) - Traducción: Renato Sandoval Bacigalupo

PASSANT, CE SONT DES MOTS…

Passant, ce sont des mots. Mais plutôt que lire
Je veux que tu écoutes : cette frêle
Voix comme en ont les lettres que l’herbe mange.

Prête l’oreille, entends d’abord l’heureuse abeille
Butiner dans nos noms presque effacés.
Elle erre de l’un à l’autre des deux feuillages,
Portant le bruit des ramures réelles
À celles qui ajourent l’or invisible.

Puis sache un bruit plus faible encore, et que ce soit
Le murmure sans fin de toutes nos ombres.
Il monte, celui-ci, de sous les pierres
Pour ne faire qu’une chaleur avec l’aveugle
Lumière que tu es encore, ayant regard.

Simple te soit l’écoute ! Le silence
Est un seuil où, par voie de ce rameau
Qui casse imperceptiblement sous ta main qui cherche
À dégager un nom sur une pierre,
Nos noms absents désenchevêtrent tes alarmes,
Et pour toi qui t’éloignes, pensivement,
Ici devient là-bas sans cesser d’être.

LA LUMIÈRE, CHANGÉE

Nous ne nous voyons plus dans la même lumière,
Nous n’avons plus les mêmes yeux, les mêmes mains.
L’arbre est plus proche et la voix des sources plus vive,
Nos pas sont plus profonds, parmi les morts.

Dieu qui n’es pas, pose ta main sur notre épaule,
Ébauche notre corps du poids de ton retour,
Achève de mêler à nos âmes ces astres,
Ces bois, ces cris d’oiseaux, ces ombres et ces jours.

Renonce-toi en nous comme un fruit se déchire,
Ellace-nous en toi.
Découvre-nous
Le sens mystérieux de ce qui n’est que simple
Et fut tombé sans feu dans des mots sans amour.